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Coeur Tendre
J'ai connu Philippe le jour de Pâques. C'était le dimanche de Pâques, un de ces jours ennuyeux et désolants durant lesquels je retraçais toute l'histoire de ma vie en quelques heures. Toute la vie d'un homo en une journée. Pâques tombait cette année à la même date du premier anniversaire annuel de ma rencontre avec Francisco. Cela aurait dû faire un an que je vivais avec Francisco. Les évènements sont si étranges, fuyant vers de mystérieux chemins. Ce sont des croisements de vies et de coeurs. Je voulais voir en cette rencontre avec Philippe une nouvelle résurrection de ma vie amoureuse. Depuis de longs mois, je quêtais la personne à qui je livrerais à nouveau mon âme et mon corps. J'avais évité depuis longtemps les rapports intimes avec Francisco. Je ne pouvais plus supporter qu'il me prenne lors de nos dernières nuits passées ensembles et, il le savait. Il y avait quelque chose en lui qui me répugnait. Peut être l'odeur de son sexe ou l'embonpoint qu'il prenait depuis qu'il avait arrêté de fumer. Il n'était plus l'homme que j'avais connu un an auparavant. Vivre une relation à deux impliquait une intimité solide mais aussi une mutuelle attirance charnelle. Les corps devaient impérativement s'harmoniser dans une beauté visible. C'est sans doute ma relation avec Francisco qui m'a entrouvert une nouvelle facette de ma sexualité. Elle devait s'épanouir à travers une esthétique masculine et virile. Je voulais tomber amoureux d'un homme qui savait utiliser l'art du corps et de l'érotisme. Je ne désirais pas seulement une jouissance sexuelle mais je voulais tomber amoureux comme je l'envisageais toutes les fois que je rêvais d'une autre vie que la mienne. J'esquivais ma propre vie pour en construire une autre à travers les peu de rencontres que je faisais dans le milieu gay. Ce dimanche après-midi, la pluie s'abattit sur les quais de la Garonne. Je terminais péniblement de vitrifier le parquet de mon nouvel appartement. Il est difficile de se retrouver seul après s'être emménagé une vie à deux. Je devais quitter les lieux pour laisser le produit faire son effet. Je me retrouvais alors à la rue sans la moindre adresse d'un ami pour me réfugier de cette pluie qui tombait régulièrement dans les rues de Bordeaux. J'étais livré à moi-même. La solitude accompagnait mes pas. Je marchais sans aucun but. Il me fallait une présence, un ami à qui parler, un pote à qui rire. Le sauna était sans doute le dernier lieux pour faire des rencontres amicales. Mais, il restait un lieu où chacun venait déposer un peu de sa tendresse et de sa solitude. Je décidais donc de me diriger vers mon sauna habituel afin de me reposer et de rencontrer des mecs avec qui je pourrais discuter d'autre chose que du sexe. Le mot "habituel" est, je pense, trop prononcé pour un garçon qui fréquente ce genre d'endroit une fois tous les deux mois. Il étais environ dix huit heures lorsque je me dévêtis dans les vestiaires du sauna. Je déposais rapidement mes fringues dans le casier qui m'était attribué. Avant de pénétrer dans le couloir qui menait aux douches, je me mirais dans la glace qui se logeait près des toilettes. Ma gueule de jeune mec était terrifiante. Une barbe de deux jours rendait mon visage plus mûr et plus dur. Je n'étais pas ce jeune puceau qui vivait ses premières expériences de sexe, encore moins la « fashion victim » qui venait envier par son look les hommes de tous les âges. Je passais pour un garçon normal au visage mignon et au corps de sportif. En effet, les séances régulières de musculation avaient rendues mes muscles saillants et secs. Le teint mâte de ma peau donnait un surplus de séduction. J'avais d'ailleurs droit à de nombreuses sollicitations et des compliments prometteurs. Mais moi, encore enfermé dans mon narcissisme, je désirais toujours plaire. Je rejetais de nombreuses tentatives de drague car je ne savais pas quel homme pouvait convenir à mon corps. Une fois, je me suis retrouvé seul sans pouvoir réellement choisir un des mecs qui tournaient autour de moi. Pourtant, ils étaient nombreux, des jeunes comme des plus âgés, des belles gueules autant que des moches. Mon amour propre me noyais désespérément dans une solitude imperméable. Je ne savais pas qui choisir pour réaliser une infime parcelle de mon rêve. Philippe avait longtemps attendu au sauna avant d'apercevoir ma tête sombre qui se profilait sous les lumières tamisées du couloir. Il jugea que je serais son mec pour la soirée. Philippe était revenu de Toulouse et la fatigue l'épuisait peu à peu. A force d'attendre, l'ennui l'envahissait et la chaleur de l'atmosphère lui conviait de faire la chose vite fait. Il avait hésité entre moi et un jeune blondinet au long visage. En tous les cas, il n'aimait pas le black qui tournait autour de sa cabine. Quant à moi, je me logeais dans l'embrasure de la porte faignant d'attendre une chose qui ne venait pas. J'entends encore la voix de Philippe lorsqu'il m'aborda pour la première fois. C'était une voix masculine et pleine d'assurance. Il m'invitait dans sa cabine. Mais, j'aimais me faire désiré. Prolonger la séduction était un délice. Je voulais voir à quel point j'étais désiré. Cela faisait bientôt une demi-heure que Philippe poirotait entre sa cabine et le jacuzzi. Je savais pertinemment que je le faisais languir. J'étais semblable à un papillon qui s'envole dès qu'on essayait de le retenir dans le creux de ses mains. Philippe voulait faire une dernière tentative avant de s'en retourner chez lui. La proie lui semblait tellement difficile. Il s'approcha de moi, accolé au mur, il commença à murmurer à mon oreille de le suivre dans sa cabine. Mon regard se figea sur son visage bruni. Je lui décrochais alors un sourire et je me laissais lui entendre dire que je ne touchais pas aux bonnes choses. Il ne comprit pas le sens de mes paroles. Je lui dis alors qu'il était trop bien pour moi. Je ne pouvais pas me satisfaire uniquement de son corps. C'était le genre d'homme que j'aimais au-delà d'un plan sexe. Je voulais établir autre chose qu'un vulgaire coup de baise dans la backroom du fond. J'étais indécis car j'avais peur d'être pris pour un objet sexuel par cet inconnu sublime. Voyant mon refus, il partit sans un mot. j'étais soulagé de cette oppression qui me torturait le coeur. Il y avait un an de cela, j'aurais craqué devant le torse viril de Philippe. Il était physiquement bâti à l'opposé de Francisco. De ma taille, je pouvais sonder ses yeux marrons qu'il plissait pour me séduire. Il avait un nez taillé et une bouche pulpeuse sans être trop vulgaire. Je m'installais alors dans la cabine que Philippe avait quitté. Je fermis les yeux pour oublier, oublier mon boulot, mon appartement, oublier tout sauf... cette présence qui rôdait près de moi. Je n'ai jamais revu Philippe. Son dernier appel provenait de son retour de la Réunion. Il m'a simplement dit qu'il ne se sentait pas près pour vivre une relation après sa séparation avec son ex petit ami. A vrai dire, je le sentais gêné de la tournure que prenait notre histoire. En une nuit, je croyais avoir trouvé l'homme d'une vie. Il n'en était rien pour lui. Il voulait être courtois et un brin amoureux de moi pour laisser aller mes sentiments aux bords des plaisirs charnels. Le lendemain de notre fiévreuse nuit, il partit en voyage pour la Réunion. Au matin, nous avions échangé mutuellement des fragments de vie. Je voulais le découvrir dans toute sa nudité, me rapprocher de lui pour tisser une relation amoureuse avec cet homme. Pourtant, il restait à écouter mon cheminement sans se dévoiler. Il demeurait un inconnu. Le plus dur pour moi n'est pas de savoir s'il m'a aimé ou non mais de n'être pas allé jusqu'au bout de sa vérité. J'attendais chaque jour son appel. Je mendiais en secret qu'il me téléphone pour l'entendre. Et pourtant nous n'avions rien à nous dire même pas je t'aime. Des choses banales qui nous passaient par la tête sans jamais toucher le fond du problème. Il avait pourtant fait le premier pas. C'est lui qui a insisté pour rester dans ma cabine. Il entama une conversation de politesse. Puis, il me caressa soyeusement le torse. Je le laissais faire tant qu'il ne descendait pas plus bas que mon ventre. Ses douces mains flottaient sur mon corps et faisaient chavirer mon inflexible détermination. Peu à peu, la passion prit le pas sur la tendresse. Je ne pouvais pas résister à son charme qu'il dégageait. C'était plus fort que ma volonté. Je voulais goûter à ses lèvres. Au moment de l'embrasser, je voyais ses yeux grands ouverts. Nous étions tous les deux surpris des flots d'émotion qui coulaient entre nos bouches. Je pouvais lire sur son visage un sentiment de bonheur. Je brodais au travers de son regard les prochaines heures nuptiales que nous passerions tous les deux. Ses caresses brisèrent mon corps en milles morceaux pour lui être livré dans des gémissements de plaisir. Nous avions alors continué nos jeux d'amour chez lui. C'était dans son grand lit confortable que nous avions fait plusieurs fois l'amour. Il voulait plusieurs fois percer l'antre des mes fesses. Mais, je l'interrompis délicatement. Je restais fidèle à mon principe. « Seul mon mec à qui je ferais confiance pourra me prendre ». « Tu te réserves alors » me dit-il. J'acquiesçais de la tête sans rien lui dire en retour. Avant de me quitter, il me demanda mon numéro de téléphone. Je le laissais prendre les initiatives même si je désirais ardemment qu'il soit l'homme de ma vie. Il m'envoya un message sur mon portable : « ce fut une merveilleuse nuit, crevé mais je pense à toi. » La première semaine après notre rencontre, on s'appelait régulièrement. Et puis, rien au bout d'une semaine à la Réunion. Plus de messages ni d'appels. Il voulait se sentir amoureux alors que j‘étais tomber amoureux de lui. Nous cherchons tous cet état de transe et d'euphorie lorsque naît au fond du coeur cette drôle d'impression de devenir léger et de vivre dans un autre monde que celui des autres. Je ne verrais donc jamais plus Philippe et son corps d'athlète. Après cette courte expérience sentimentale, je retournais à ma solitude. La solitude me fait peur car elle trahit mes angoisses. Mon angoisse est celle de ne pas savoir ce que je veux. Je désirais prendre ma liberté en quittant Francisco et voici que je rêve d' une nouvelle histoire d'amour. Mon coeur est-il donc insatisfait de mes décisions ? Mon malheur provient-il du fait que je ne m'accorde pas avec ce que je suis ? Pour combler cette solitude, j'ai pris un abonnement sur un site gay pour dialoguer tous les soirs avec les hommes de ma région et surtout trouver un compagnon de vie. L'été s'était installé rapidement sur Bordeaux. La rue Sainte Catherine grouillait de passants. Les lycéens traînaient dans le centre ville. Toute la racaille des banlieues venaient assiéger le Mac Do de la rue Sainte Catherine. Les premiers touristes étrangers débarquaient sur la côte. Mes collègues de travail allaient régulièrement à la mer les week-end. Les hommes sortaient de chez eux en débardeurs. C'était pour moi une période difficile à vivre. Le soleil rendait les corps bronzés. Je ne pouvais pas résister au plaisir de voir ces bras nus musclés des garçons qui passaient dans la rue. Au milieu du mois de juin, j'avais rendez-vous avec Axel. Nous avions correspondu tous les deux la veille de notre rendez-vous sur le site gay du net. Il était seize heures quand il m'envoya son premier texto pour me fixer une rencontre. Durant le dialogue sur le net, il se présenta comme celui qui m'avait donné un jour son numéro de téléphone. Il m'écrivit qu'il m'avait déjà rencontré dans la rue. J'étais surpris de sa révélation. Je ne me souvenais pas de son visage qui posait sur une photo près de son annonce. Puis, tout d'un coup, je me mis à reprendre le fil de mes souvenirs. En effet, il m'avait filé son numéro sur un papier que j'avais déchiré dans la minute qui suivait. C'était le jeune homme qui tenait les vestiaires et les entrées du traxx. Le traxx, un lieu maudit de mon coeur ! Le traxx est le seul baisodrome de Bordeaux. Je l'avais découvert au hasard de mes nombreuses promenades à Bordeaux lorsque je logeais chez les dominicains. A cette époque, j'étais encore frère de Saint Jean et je venais deux fois par an à Bordeaux pour une cure de repos et de psychothérapie auprès d'un O.R.L. non reconnu. A cette époque de ma vie religieuse, je croyais aux méthodes quasi curatives de ce docteur. Mais, c'était aussi la période de ma vie humaine où j'avais mis les pieds dans le gouffre effroyable des plaisirs charnels à l'insu de mes frères et de mon entourage. Je ne me rendais pas compte que ma vie religieuse ne me permettait pas de créer une relation suivie et sérieuse avec un garçon. Bref, ce en quoi je rêvais : l'amour fidèle d'un garçon. Je cherchais au fond de moi le désir d'aimer et d'être aimé par l'unique homme d'une vie. Alors, je me rendais dans les lieux de drague tels que les saunas, les jardins publics et les backrooms pour assouvir ma part de sexualité en moi. Je multipliais mes relations à la recherche éperdue d'un garçon. Mais, le but était vicié dès le départ. Je devais choisir entre les voeux religieux et la beauté d'une relation amoureuse. Sans se décider, parcourant ma vie religieuse sans me voir sortir un jour de cet état de vie, j'étais à l'affût des lieux sombres des villes. Je menais une double vie, une double personnalité. A quoi bon garder un numéro de téléphone alors que je savais impertinemment que je ne reverrais plus ce garçon. Je passais une semaine à quinze jours à Bordeaux. Nous étions en mai et, tous les soirs, je profitais de la chaleur bordelaise pour me promener sur les quais de la Garonne. En fait, j'étais obsédé par le sexe. Je cherchais tel un chien sur les traces d'un voleur les lieux obscurs où l'on pouvait draguer. Après les complies du soir en la compagnie des dominicains, je m'éclipsais discrètement par la sortie de derrière. La plupart du temps, j'étais en tenue de sport afin de justifier ma sortie nocturne. Très vite, le goût de la liberté acquise âprement reprenait les dessus après quelques minutes d'angoisse d'être vu sous cet accoutrement. C'est au détour de mes virées nocturnes sur les quais déserts et livrés aux seuls touristes étrangers que je découvris le traxx. Il était logé à deux pas des dominicains. Je me disais avoir traversé Bordeaux de long en large à la recherche des lieux sombres pour m'étonner que reposait sagement près de chez moi le premier baisodrome de la Gironde. Le traxx comme tous les autres baisodromes, se composait d'une boutique de sex shop, et d'une porte noire au fond de la boutique donnant l'accès aux backrooms, ce labyrinthe de cabines et de salles de projection. Le tout était plongé dans une obscurité où seuls les spots fluorescents indiquaient la présence d'une silhouette humaine. Ce n'était pas la première fois que je m'étais les pieds dans un endroit pareil. Mes premières expériences sexuelles avaient été accomplies dans ce genre de lieu de perversion. Une pipe, je crois bien ! j'avais sucé un inconnu. Il voulait me sodomiser mais étant débutant, il comprit ma réticence à me faire percer le trou du cul. Sachant les courts instants de mon indépendance, je vivais à l'excès ma double vie. Je passais toute une nuit au traxx jusqu'à sa fermeture matinale. L'excitation dominait la fatigue de mon corps qui se ressentait dans mes jambes. J'avais dû marcher des kilomètres retraçant les mêmes parcours d'un étage à l'autre du traxx. La première fois reste un moment favorable pour être dragué car je me présentais comme un nouveau sujet de dégustation pour les habitués du traxx. Certains avaient pris leurs marques : ils passaient d'abord aux toilettes, puis ils faisaient un premier parcours de repérage, une attente dans les coins stratégiques afin de repérer la bonne proie, parfois ils entamaient une discussion avec l'une des connaissances et griller une ou deux cigarettes avant de passer à table. Dans ce paysage des plus morbides où la plupart du temps, les mecs s'étaient baisés les uns les autres, le petit nouveau devenait un trésor précieux pour la populace du traxx surtout lorsqu'il possédait un certain charme. Le gay qui s'occupait des vestiaires me complimenta sur mon "beau sourire". Je le remerciais assez amicalement pour pénétrer enfin dans la gueule du diable. C'est à la sortie du traxx qu'il me donna son numéro. Je le croisais deux fois dans les rues de Bordeaux. A ce moment, j'étais en civil ayant quitté les ordres religieux. Je passais sans rien lui dire. J'évitais son regard. Des mois ont passé et, je le retrouve sur la place Camille Julian pour boire ensemble un café au St Georges. Axel avait bien changé physiquement : il est devenu plus large et obèse. Cela me choqua énormément. Je n'avais pas le souvenir d'un tel jeune homme. Je n'ai pas eu le coup de foudre pour lui mais par politesse je restais assis sur la terrasse du bar pour l'écouter. Nous avons passé deux bonnes heures à discuter. Le soir même de notre rendez-vous, il me contacta sur le site gay. Il voulait savoir comment j'avais apprécié notre rencontre. J'ai été direct et clair en lui répondant : « Comme ami, tu m'es agréable mais comme amant, il n'en est pas question. » Son physique me gênait plus que son caractère. Le feeling ne s'était pas produit de mon côté. J'en étais désolé mais il fallait enrayer son espérance de me voir un jour dans son lit à lui faire l'amour. Il n'y avait pas seulement les sex shop que je fréquentais lorsque j'étais un religieux. J'allais fréquemment dans les saunas gays. C'est même dans ces endroits que je découvris mes premières histoires sentimentales, celle avec Francisco et celle aussi avec Pierre. Pierre était mon premier amant ou plutôt, j'étais pour lui sa première histoire d'amour. Il était conscient que mon amour pour lui était différent du sien. Les premières fois que nous aimons sont toujours empreintes d'innocence et de force. Force pour attendre l'autre, force aussi pour briser les barrières. En septembre 2002, je venais tout juste d'arriver sur Bordeaux pour préparer mon insertion dans le monde laïque après huit ans passés chez les moines. Le supérieur de mon ordre me demanda de loger pendant un an chez les frères dominicains pour me permettre une meilleure réussite de mon intégration dans le monde extérieur. J‘avais la permission particulière de terminer mes études universitaires à Bordeaux III et de reprendre une vie normale de bon chrétien. Peu à peu, je pris moi-même le large tel un bateau qui quitte son port pour s'engouffrer dans l'immensité de l'océan. Je ne suivais plus les offices. Mais je dérogeais surtout à la règle morale instituée par mon voeux de chasteté. Je repris le chemin des lieux de drague. Aussi, J'allais au sauna non seulement pour trouver une relation amoureuse mais aussi pour tuer l'ennui qui assombrissait mes soirées d'automne. Je ressortais bien souvent seul du sauna. Lorsque j'étais frère, cela ne me gênais en aucun point. Je subissais la loi de la baise. Mais ensuite, je ne me contentais plus d'assouvir ma sexualité. C'était vraisemblablement par solitude répétitive que j'accueillis Pierre dans ma cabine un soir d'octobre. Nous nous sommes embrassés puis il me proposa une virée dans une discothèque gay. Nous sommes allés à la Grande Polux, la fameuse boîte gay de la Gironde. L'endroit ne nous a pas plu. Nous sommes ressortis transpirant de sueur et puant l'odeur de la cigarette. Il me proposa alors de venir coucher chez lui. J'acceptais de peur de me retrouver tout seul entre les murs froids de ma chambre étroite. J'avais cette audace de dire oui alors qu'il m'aurait mieux fallut dire non. Notre relation dura le temps d'un automne. Elle fut intense aux yeux de Pierre. Un soir alors qu'il m'invita pour la soirée, je lui fis part de ma réserve pour continuer notre relation. Pierre avait trente six ans, je ne pouvais pas me mettre en ménage avec lui. Il allait trop vite. D'ailleurs, je n'avais pas fait le deuil de ma liberté sexuelle, cette illusion de maîtriser son corps et ses fantasmes. Si je me liais à Pierre, je ne pourrais plus séduire et être séduit. Le sauna était devenu pour moi un lieu de comparaison. Ce corps qui avait tant été maltraité par le refus de séduire exigeait maintenant son lot quotidien de narcissisme. Mon corps me demandait son exposition et s'il entraînait derrière lui un beau mec, je me satisfaisais d'être ce que j'étais : un indien au corps mince mais attrayant. Ce qui était jouissif pour moi, était moins l'acte sexuel lui-même que le fait d'attirer un beau garçon. Mon corps et son psychisme inextricable demandèrent ce que je leur avais longtemps refusés. Sa part naturel d'être un beau corps guidé par un esprit intelligent. J'ai aimé Pierre d'un amour fraternel. Je le revoie encore assis sur la plage des Landes les yeux en larmes en apprenant que je le quittais définitivement. Le vent balayait les vagues et les nuages gris se confondaient au loin avec l'horizon de la mer. Il n'y avait pas un seul coin de ciel bleu et même les yeux de Pierre avaient perdus leur couleur bleuté. Nous étions tous les deux emmitouflés dans nos anoraks marchant sur le sable terne en ce mois de novembre. Je prenais conscience que mes paroles étaient autant de lames qui broyaient le coeur de Pierre. Je prenais le chemin du retour alors que je le laissais seul derrière moi. Tel un navire en détresse dans la tempête, Pierre s'effondra sur le sol. Tous ses projets qu'il avait construits avec moi coulèrent au fond de sa tristesse. Je ne supportais pas de le voir ainsi. Pour la première fois, je réalisais que j'étais la source du malheur d'un homme. Je revenais sur mes pas et m'assis à la hauteur de son visage. Je lui déposais un baiser sur le front et je lui murmurais : « nous resterons amis toi et moi. » Le vent soufflait plus fort et emportait vers le large nos dernières paroles de tendresse. Le froid se fit présent dans nos corps et nous décidâmes de quitter à tout jamais cette plage qui fut notre lieu de prédilection durant notre relation. Elle avait gardé secrètement nos pas d'amoureux et elle avait recueilli jalousement les traces de nos corps allongés sur le sable. Le retour en voiture fut le plus long voyage que je fis. Bordeaux me semblait à dix milles lieux de cette plage. Les yeux de Pierre se perdaient dans le creux de ses souvenirs passés en ma présence. J'étais sa première histoire d'amour homosexuelle, j'avais inscrit les premiers émois dans son coeur, ses premières nuits passés auprès de mon corps. Je savais pertinemment que la première fois était inoubliable tel un rêve qu'on ne peut jamais perdre. Ses paroles devinrent précieuses : « Mon amour pour toi est désormais en moi; dans un coin de mon coeur, il y a une boîte qui renferme cet amour. Le jour où tu seras prêt, je l'ouvrirai. » Pierre aimait avec tout le fond de son âme, « ses tripes » comme il disait. Son amour pour moi persistait jusqu'au jour où il trouva Cyril. Le temps passé avec Francisco, je le considère comme un passage obligé, comme le passage de la mer Rouge. Un temps de maturité dans ma propre sexualité. Je m'aperçois que même le sexe a sa propre vie : une naissance, une puberté suivi d'une maturité et un accomplissement. J'ai acquis cette maturité en tirant les conclusions de ma relation avec mon ex. Car dans le feu de l'action, ce fut un temps désertique occupé par des journées interminables dans son appartement qu'il louait à son colocataire. Nous n'avions pour vivre notre intimité qu'un recoin de la pièce principale sur lequel Francisco s'était aménagé une chambre composée d'un lit et de sa table de chevet, le tout séparé par un rideau. On pouvait tout entendre et, je me doutais fort bien que notre colocataire passait des nuits agitées les soirs où nous faisions l'amour. Francisco débutait sa nouvelle affaire avec un de ses collègues de la restauration. Le colocataire avait des difficultés avec l'alcool. Après avoir donné sa démission au centre commercial où il travaillait, il passait ses journées entre les cafés et la bouteille de whisky. Je me souviens la première fois où il me trouva dans l'appartement. C'était le lendemain de ma première nuit avec Francisco. Francisco m'avait enfermé dans l'appartement, non que cela soit volontaire mais il avait fermé la porte machinalement après une courte nuit. Il était injoignable sur son portable. En me réveillant, je fis le tour des lieux, un appartement spacieux et propre. Francisco m'avait laissé une lettre sur la table de la salle à manger en m'expliquant que j'étais libre de m'en aller. Cependant, je pouvais prendre mon petit-déjeuner. Il avait acheté des croissants dorés, installés près de la lettre. Au moment de partir, la porte resta verrouillée. Il était impossible de sortir. Alors, je m'installais sur le sofa à attendre que Francisco revienne. Il était aux environs de midi quand le colocataire rentra chez lui. Il me trouva dans la pénombre de la salle à manger assis paisiblement sur le canapé. Il se présenta à moi et il ne semblait pas étonné de ma présence. Francisco lui avait envoyé un message sur son portable en lui expliquant ma présence. Il se nommait Jérôme et tomba amoureux de moi les quelques heures qui suivirent notre rencontre. Amoureux est peut être un mot trop fort mais je lui plaisais. Le soir, il me proposa de m'inviter au restaurant. J'en étais gêné pour lui car je savais parfaitement qu'une telle proposition cachait d'autres émotions que celles qu'il voulait faire paraître à mon égard. Au cours de ce dîner, je mis délicatement les choses à leur place. « Je connais Francisco que depuis une nuit, je ne sais pas qui il est. Mais, cette nuit n'a pas été une nuit pour un coup de sexe. Je ne m'engage pas deux fois. » Il comprit mes paroles et il resta un colocataire sympathique à mes yeux.

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