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LE SECRET DE JEAN
Les vacances, dans ma famille, ont toujours été un long calvaire d'ennui. Je ne me rappelle pas avoir eu la chance d'en prendre ailleurs qu'à notre éternelle et triste maison perdue au creux d'une vallée si morne, si humide, si dépourvue d'agrément qu'un anachorète de profession ouverte y eût médité des motifs de renouer avec la vie mondaine. Ce n'est pas que la bâtisse en elle-même soit inconfortable, à beaucoup près ; mais il s'en dégage je ne sais quelle odeur d'abandon,
de solitude accablée, de longs jours sans fin, de nuits interminables,
de matins monotones et de soirs inutiles, au point que la simple évocation d'un séjour entre ces murs m'a toujours rempli d'effroi. J'avais dix-sept ans lorsque je suivis pour la dernière fois mes parents à leur ermitage. Je dis pour la dernière fois, car cette année-là, après tant de saisons d'obédience à la tutelle familiale,
j'étais entré en rébellion ouverte contre cet affreuse contrée acariâtre. Il en avait résulté un chagrin profond de mon père et une aigreur douceâtre de ma mère. Le chagrin constatait l'accession de l'adolescent à la toge virile ; ma mère devait son aigreur à cette manie qu'elle a toujours eue de se tirer à la Parthe  (1) des situations défavorables. Pour m'amadouer, mon père ne trouva rien de mieux que de me proposer un compagnon. Un compagnon ! Eh quoi ! Associer un autre garçon à l'incurable désoeuvrement de trente jours de bâillements et de spleen ? Mystifier, tromper, berner un pauvre garçon en lui peignant un chef-d'oeuvre sur une muraille décrépite ? Comment occuperions-nous notre loisir ? Par des jeux ? Sans doute. Mais après ? Il arriverait fatalement que nous aurions épuisé nos ressources d'imagination et que nous nous livrerions à la langueur mortelle de n'avoir plus rien à faire. Ce compagnon devait être mon cousin Christophe. J'aime beaucoup Christophe, et parce que, précisément je l'aime, je n'eus cesse de le détromper sur les prétendus mérites d'un séjour qui n'avait d'attrayant que la publicité qu'en proclamaient mes géniteurs : - Mes parents,
lui dis-je un soir, ont besoin de vanter leur baraque pourrie, histoire de justifier les folies qu'ils ont consenties pour l'acheter ; par tous les diantres, ne viens pas ramer dans cette galère, tu t'y ferais chier tout comme moi. - Et alors ? répondit l'adorable cousin : mon vieux, tu apprendras ceci, que je suis solidaire du malheur de mon prochain, surtout quand il est sympa. Or, il n'est pas de garçon de mon âge plus sympa que le prochain qui se trouve précisément en face de moi. Par conséquent, je viens. Allez répliquer à une telle autorité joyeuse ! Car le bon Christophe avait articulé ces paroles avec l'inimitable délié de son caractère imperméable à tout pessimisme. Je fis donc bonne figure à mauvais jeu et le surlendemain, je m'embarquai à bord de la grosse japonaise de mon géniteur, ayant pour voisin de banquette arrière le pimpant, fringant et jovial Christophe. Christophe venait d'attraper ses dix-sept ans. C'était un fort bel adolescent au visage puéril qui avait bien grandi et qui s'en souciait fort peu : taille moyenne, peau mate, cheveux de jais, oeil profond et noir, sourcils épais, cuisses puissantes d'avant-centre de football. Seul le torse échappait à cette colonisation de maturité par une certaine finesse gracile où persistait une heureuse absence de pilosité. Pour le reste, l'ado des campagnes dans sa plénitude. Tôt habitué aux dures conditions de la vie d'agriculteurs que menaient ses parents, il ignorait le sens du mot paresse, comme celui d'oisiveté. Ce n'est pas sous une autre bannière que je l'avais dissuadé de suivre le convoi soporifique dans lequel, trop tard pour lui désormais, il venait de prendre place. Nonobstant mes préventions défavorables contre la thébaïde de l'anorexie annoncée, j'avais obtenu sans peine que nous partagerions la même chambre. Jugeriez-vous que ce dût être la moindre des compensations contre le calvaire qu'on nous infligeait ? Et bien, vous auriez tort : car il me fallut batailler de haute lutte contre ma chère mère, persuadée qu'elle était que les promiscuités mâles, au-delà d'un certain âge, sont et contraires aux bonnes moeurs et nuisibles à la santé. Là, je me fâchai tout rouge, je crus même que j'allais exploser : - Écoute, maman ! lui dis-je sur un ton peu conciliant, passe encore que toi et papa vous me traîniez de force à ce pot à moineau digne d'un exil politique, mais si vous prétendez me reléguer à distance la moitié du temps de l'unique centre d'intérêt que peut revêtir une villégiature aussi nuisible à l'équilibre psychique qu'à la santé physique, je vous promets de pisser au lit toutes les nuits, et même davantage ! Maman n'insista pas ; elle dut l'avaler, en dépit du chagrin d'entendre son cher fils, si respectueux, si déférent, lui parler avec tant d'impertinence. Comme elle a tout juste l'esprit qui convient à sa qualité de bigote incombustible, elle se drapa dans une superbe de vestale contrariée et n'ouvrit plus la bouche de tout le voyage, sauf pour dire des sottises, ce qui est indéfectible de son tempérament ; car il faut savoir qu'à la bigoterie, elle superpose le crétinisme le plus obtus. Enfin, au bout de dix heures d'un voyage insupportable, nous arrivâmes. Petit détail qui mérite d'être signalé, Christophe s'étant endormi après cinquante kilomètres, et moi après soixante, mes parents nous avaient réveillés pour déjeuner. Nous portions des jeans, texture assez rigide, ce qui ne départit pas des yeux exercés de remarquer à quel point la fatigue ajoutée à l'inconfort d'une banquette toujours trop exiguë s'ingénie à dessiner de prodiges sur les devantures,
heureusement à couvert d'ostentation trop éloquente. J'avoue que de contempler l'ardeur de Christophe m'emplit de beaucoup de ce plaisir qui cultive volontiers la délectation morose et se réjouit d'avance des ambiances feutrées d'une alcôve vouée à l'intimité de deux garçons bien forcés de composer pendant un mois franc avec les minuties d'une certaine familiarité. Ce que je n'avais pas prévu, c'était le coup d'oeil de Christophe sur mes propres atours, aussi victorieusement arborés que les siens. Ce ne fut pourtant qu'une lorgnade, mais il suffit pour distiller dans ma chair quelque chose de très agréable et dans mon esprit quelque chose de très troublant. L'idée que cet archétype de l'hétéro pur et dur fût lutiné par l'exception qui, à force de confirmer la règle, la supplante parfois, ancra en moi la résolution de le pousser dans ses derniers retranchements. Et puis, je me fis la réflexion que, épars ou non sur l'hégémonie de la pente naturelle au sexe opposé, le Christophe était dans la saison où l'on ne tient guère plus de quarante-huit heures sans déférer à l'émonctoire solitaire et que complicité aidant, il pourrait bien se lâcher un peu, histoire de charmer les distractions. Cela dit, je revins vite de mes illusions : Christophe fréquentait une fille et quand on fréquente une fille, ma foi, c'est qu'on aime les filles. De là à y joindre l'attrait des garçons, il n'y a pas à proprement parler de loi prohibitive, mais les cas sont tout de même plus rares que ne l'affirme le marquis de Sade. A peine débarqués à La Châtaigneraie (c'est le nom de la propriété,
aussi pompeux que les murs dont elle est bâtie), nous essuyâmes notre premier tire-laisse : la chambre qui nous était dévolue, espèce de hall tout juste bon à entreposer des machines industrielles, était distribuée de telle manière qu'il nous était géométriquement impossible de communiquer autrement qu'à très haute voix et encore, avec un haut-parleur. Je foudroyai ma mère du regard, mais ne pipai mot. Comme Christophe ne savait trop quel parti adopter, je le pris à part : - On va là-haut, lui dis-je sur le ton irrité de la rébellion ouverte,
dans une des mansarde ! C'est petit, feutré, sympa, les lits se touchent presque, on pourra déconner tant qu'on voudra. Car pour la grande piaule, c'est comme si tu dormais à un bout du jardin et moi à l'autre. Christophe, qui avait eu pour la chambre des pas perdus les yeux de Candide découvrant Cunégonde vieillie et éraillée sur les bords de la Propontide (2),
m'approuva tout du long de l'aune. Ce fut ainsi qu'à la grande terreur mortifiée de ma mère, nous prîmes nos quartiers dans une des mansardes de l'attique de cette immense baraque, symbole de l'inanité et de la mégalomanie bourgeoises : car comment ne pas hausser les épaules à une propriété de quarante hectares au beau milieu de laquelle trône une espèce de châtelet de vingt pièces toutes meublées, où personne ne va jamais ? Vanité des vanités ! Mes parents, gens riches et au-delà,
avaient voulu vivre sur un pied qui leur faisait honneur, et n'étaient parvenus qu'à s'empêtrer d'un ridicule dont tout le monde riait à la dérobée, jusqu'à ceux de leurs amis, appelons-les comme cela, qui feignaient de les estimer le plus. Enfin, pour avoir par deux fois consécutives et dans un temps très court serré le bouton à l'autorité maternelle, Christophe et moi eûmes toute latitude de disposer de nos appartement en petits seigneurs de fief. Quant à Madame, elle ne s'aventura pas sur le terrain glissant des commentaires acides, sa spécialité à elle, subodorant qu'ils entraîneraient immanquablement une répartie dans le besoin. Le soir vint, et comme l'étage était pourvu d'une douche, comme nous étions couverts de sueur, c'est le plus naturellement du monde que nous fîmes nos ablutions. Là, un incident, du reste prévisible, se produisit. Ma mère, sans avoir l'air d'y toucher, prétendant arranger notre garde-robe, s'était malencontreusement disposée à faire exacte sentinelle de nos faits et gestes, ce qui consistait à se présenter précisément lorsque l'un de nous vaquait à ses devoirs d'hygiène. Exaspéré, je lui remontrai sèchement l'incongruité de son attitude : - Et si Christophe sort à poil ? fis-je, en colère ; tu te rends compte comment tu te comportes ? - Et bien ! répondit-elle, Christophe a le même âge que toi, et... -...et quoi ? fis-je, ulcéré : ça fait trois ans que tu te soustrais à ma propre nudité sous un voile de pudibonderie, en prenant prétexte que la puberté ne permet plus à une mère de voir nu son fils ! Qu'est-ce que tu me chantes ? - Que tu es insolent ! fit-elle, au bord des larmes, et que si tu continues à me parler ainsi, je...je... -...tu iras faire une prière pour mon retour dans le bon giron du respect filial ? Allez, ça suffit, j'en ai assez entendu ! - Mais enfin ! s'emporta-t-elle, qu'est-ce que je t'ai fait, pour que tu me traites ainsi ? - Ce que tu m'as fait ? Ceci : tu m'as castré. - Quoi ? - Castré ! Eunuque que je suis, ma chère maman : à force de battre l'estrade de ma vertu, comme tu dis, j'ai fini par prendre toute vertu en horreur. Quant à Christophe, il est mon cousin, on dort dans la même chambre, on est des garçons, on ne va certainement pas jouer les petits communiants rougissants, car vois-tu, il a une queue poilue, tout comme moi et tout comme moi, tous les matins, il bande pire que Priape ! De dire l'effet de ce discours, un peu emporté je l'avoue, ce serait à mourir de rire : ma mère, au comble de l'effroi, lâcha la pile de linge qu'elle portait dans ses bras, mit ses deux mains sur sa bouche,
trembla, fit volte face et s'en alla en minaudant je ne sais quelles pleurnicheries à déprécier une midinette dérangée dans l'adoration de sa star du moment. Moi, satisfait, je me sentis mieux. Désormais, nous étions, Christophe et moi, affranchis de ce faux zèle qui ajuste ses prérogatives à l'autorité tyrannique d'un protectorat imposé. Cependant, en dépit du bruit de l'eau, l'éclat était parvenu à mon cousin. Il vint dans la chambre et m'aperçut, assis sur le lit, pleurant de rire : - Qu'est-ce que tu as ? fit-il. - J'inaugure mon accession à ma qualité de fils ingrat, lui répondis-je, avant de lui narrer la scène en long et en large. A mesure que je lui contai la chose, sa face s'auréola d'un sourire radieux. Le sourire se dilata en allégresse, puis en joie débridée,
avant de culminer par cet épiphonème : - Tu sais pas ? Je la trouvais chiante, ta mère, mais j'osais pas te le dire, question de respect. - Qui ne la trouve pas chiante ? fis-je en essuyant mes yeux qui avaient tant ri qu'ils en étaient irrités ; au moins, maintenant, on a la paix. L'ambiance du dîner valut son pesant d'intérêt. Mon père, instruit du scandale, avait pris le parti de n'en faire aucun cas, estimant sans doute que cela n'en valait pas la peine. Il ne put toutefois se dérober au petit prurit qui le grattait de lâcher une métaphore sur les prescriptions de l'obéissance filiale, qualité sans laquelle une famille entre infailliblement dans sa phase de décadence. Je m'empressai de lui répondre : - Tu sais, papa, l'obéissance est une chose. Mais l'obéissance poussée au noir, ça s'appelle obédience. Si vous voulez faire votre proie de la maxime de Tibère, qu'ils me haïssent pourvu qu'ils me craignent, libre à vous. Mais pose-toi un peu la question subsidiaire : un tel fils, une fois sa majorité atteinte et dépassée, quels sentiments lui resteront-ils de la façon dont il aura été tenu à la bride des années durant ? - Sans doute, sans doute, dit mon père, mais depuis quelques jours, tu nous choques, voilà tout. - Je vous choque parce que vous n'avez pas su donner du mou à votre éducation puritaine et coincée de pasteurs anglicans. Je vous choque parce qu'à vos yeux, j'ai toujours dix ou douze ans et que j'en suis encore à épeler Oui-Oui en grosses pages cartonnées. Je vous choque enfin, parce que tout à l'heure maman s'est entendu dire des paroles dures, je le confesse, mais qui n'en reproduisent pas moins une réalité, que je ne suis plus un enfant, mais un jeune homme, que ce jeune homme pense par lui-même, qu'il n'est pas tout à fait imbécile,
qu'il se fait des idées de ce qu'il voit, de ce qu'il sent, de ce qu'il entend, et même de ce qu'il pressent. - D'accord, d'accord ! fit mon père en souriant. On a eu tort. Mais jure-nous de ne plus t'emporter comme tu l'as fait. - Laissez-moi une once de liberté à moi, et c'est comme si le contrat était signé. - Bon ! On n'en parle plus... Une heure plus tard, j'étais couché, Christophe était couché, nos lits, séparés uniquement par une ruelle fort peu large, nous permirent de nous lancer dans une conversation rapprochée qui, toute brève qu'elle fut, ne m'en permit pas moins de me régaler d'une promiscuité à laquelle la nouveauté prêtait des attraits inconnus. A l'égard de Christophe, il n'en revenait pas de la rhétorique dont je m'étais armé pour prendre la défense du droit adolescent en rupture de tutelle. Je le sentais ébahi d'admiration. Moi, de mon côté, je n'avais pas perdu l'occasion de régaler mon goût des beaux garçons en le scrutant sous toutes les coutures, et quoiqu'il eût conservé son caleçon, mon attente n'était pas déçue. Enfin, pour élever des chimères idéales sur la prestance d'un compagnon éminemment sympathique, je n'en demeurai pas moins les yeux grand ouverts, et l'épisode de l'érection dans la voiture ne me revint à la mémoire qu'à correction de lui délivrer le motif de la surprise qu'inspire toujours plus ou moins le spectacle d'une identité de tempérament. Le lendemain matin, j'ouvris les yeux le premier. Pendant la nuit, j'avais à mon ordinaire ôté mon slip, dormant in naturalibus depuis ma première éjaculation provoquée, et cela en dépit des objurgations de ma mère, dans la cervelle de qui toute trace de sexualité chez un adolescent relève d'une dépravation susceptible de l'enfer aux siècles des siècles, amen. Comme Christophe dormait encore, je me levai sans ornements superflus, et j'attrapai ma robe de chambre. Vous imaginez bien que j'étais en état de pâmoison juvénile. Je puis même vous assurer que n'eût été la présence de Christophe, j'aurai volontiers offert à la première journée de mes vacances l'hommage d'un culte à Priape avec tous les assaisonnement, et même ce qu'on appelle en musique une reprise. Mais pas question de se donner carrière devant son cousin, fût-il mignon, et peut-être justement à cause de cela. Car vous saurez qu'un fils de bonne famille est instruit dans la déférence que l'on doit aux modesties d'apparats et aux réserves qu'implique l'usage du savoir-vivre. Tout à coup, alors que j'attrapai mon peignoir, j'entends un soupir ; j'avise, avec un mélange d'horreur et de volupté, la tête de Christophe qui se tourne vers moi. Je me hâte, mais soit complaisance irréfléchie,
soit gaucherie, je ne parviens pas à dérober la totalité du prodige qui pointait tête en l'air. Christophe, sans doute aussi embarrassé que moi, fit semblant de rien et se retourna le temps que j'achevasse mon habillage, puis, d'une voix indifférente : - Tu te lèves déjà ? dit-il. - Il est neuf heures, gros fainéant, répondis-je, le café est froid. - J'arrive, répondit mon cousin. Je descendis à la cuisine. Mes parents y étaient. Je les embrassai, non sans ironie, puis je me servis un grand bol de café. Table morne, pas une parole ; ma mère, qui avait passé une mauvaise nuit probablement, se tenait le front comme quelqu'un qui a la migraine. Mon père, guère mieux loti, semblait sortir d'une entrevue d'embauche qui a mal tourné. Moi, plus guilleret qu'un passereau en mai, j'arborai un radieux sourire. Cette bonne humeur répandit sa contagion, car elle finit par dérider madame : - Et Christophe ? dit-elle. - Oh ! répondis-je, laissons-le dormir, le pauvre ; on est en vacances, pas vrai ? - Il a raison, fit mon père ; pour une fois qu'il ne passera pas tout l'été à réparer des barrières, à rassembler de la paille pour le bétail et à nettoyer les étables... Là-dessus, arrive, cinq minutes plus tard, celui dont on parlait. Première surprise : il avait la mine aussi débiffée que mes parents. Après les saluts ordinaires, tout bigarrés de ces protestations de zèle qui sont la marque courante des gens de l'espèce socialement honorable,
mes parents nous laissèrent seuls. Je m'inquiétai des traits tirés de mon hôte : - Oh, c'est rien ! fit-il ; j'ai eu des rêves, j'ai mal roupillé. Comme il était lui aussi en robe de chambre, vous pensez bien que je cherchai tout de suite à connaître de quel genre de prévention il s'était remparé en faveur de la pudeur. Je parvins au bout d'un moment à me rendre compte qu'il avait enfilé son caleçon. Le propos roula bientôt sur je ne sais plus quel sujet banal, jusqu'au moment où mes parents lui proposèrent de l'accompagner pour quelques courses. Christophe ayant besoin de deux ou trois babioles indispensables à sa survie, il s'en alla avec eux. Je restai seul. Être seul, quand on a eu devant soi le spectacle d'un joli garçon qu'on brûle d'étreindre et de dévorer, c'est l'occasion de se prendre quelque distance avec les bonnes manières. Aussi, dès que la voiture eut disparu, je ne fis ni une ni deux, je montai à la chambre,
j'écartai le drap de Christophe et, après avoir dépouillé ma robe de chambre, je respirai l'odeur que j'espérai encore toute brûlante du splendide corps qui y avait reposé toute la nuit. En ce moment, mes sens chavirèrent. A hauteur du pubis, bien en vue, un large filet humide dessinait sur le tissu le croquis d'une grande larme. Ebahi, n'en croyant pas mes yeux, je m'approchai. Mon coeur battait si fort, je sentais mon corps m'échapper avec tant de puissance que je ne pus rien opposer à l'impulsion qui m'ordonna, c'est le mot juste, de toucher du doigt le dépôt sacré d'un plaisir que je reliai aussitôt à la figure un peu hâve de son auteur. Ainsi, pendant que je faisais des gorges chaudes de la petite santé de mes parents, mon cousin en faisait d'autres, mais infiniment plus voluptueuses ! Ainsi, tandis que je m'asservissais à une abstinence digne de Scipion, il donnait libre cours à l'effraction des convoitises de la chair. Le sperme était encore tout chaud. Avec une frénésie inexprimable, j'y apposai mes lèvres. Ce dont je pus me rassasier, je m'en rassasiai. Quand enfin il n'y eut plus rien à idolâtrer, je courus dans la salle de bains, je me plaçai contre l'évier et il ne fallut qu'un effleurement de ma verge pour lui faire rendre le flot le plus furieux qui eût jamais été lâché de mémoire d'adolescent. Je vous jure, sans vanterie, que la giclée se projeta jusque sur la glace, avec une violence d'orage d'été. Quant aux sensations, elles me valurent le vertige le plus électrisant de mon existence. Restait à démêler la question qui me brûlait les lèvres et le corps : Christophe avait-il cédé à une pulsion toute banale, à l'une de ces commotions galvaniques qui, à dix-sept ans, sont aussi irrépressibles que violentes, ou bien la cause de cet épanchement était-elle à chercher dans le spectacle que je lui avait offert de mon extatique nudité ? Je tremblais de bonheur à l'idée que mon cousin eût sur moi les mêmes vues que j'avais sur lui. Pour résoudre cette équation, je pris le ferme parti de procéder par allusions discrètes et par une certaine ostentation dont je comptais mesurer avec exactitude les effets sur un si sensible garçon : par exemple, l'après-midi, nous nous rendîmes à une pêche que l'on pratiquait dans un étang fort solitaire,
enclos à l'intérieur de la propriété. Comme il faisait chaud, je me déshabillai torse nu et pieds nus. Pourquoi pieds nus ? J'ai souvent remarqué que l'intérêt que l'on voue à un garçon s'accroît en raison directe du plus ou moins de dépouillement de sa personne ; que cela met en valeur le reste, et que pour peu que l'on porte un short court aux jambières larges, ce qui facilite les lorgnades par les échancrures, un savant négligé n'est pas peu enclin à suggérer ce qui se dérobe encore mais qui, par ce biais, dessine les pointillés de l'ouvrage complet où l'on invite. Ce fut avec un indicible sentiment de bien-être que j'acquis bientôt la certitude que les yeux de Christophe lançaient des éclairs toutes les fois qu'avisant mon slip orange sous le short, il croyait exercer anonymement ses contemplations. Je notai aussi qu'il maraudait de plus en plus souvent un côtoiement rapproché. Nous eûmes ainsi une journée fort captivante, où chacun s'évertuait à sonder l'autre et à lui présenter toutes sortes d'hommages savamment figurés et empruntant parfois, raffinement suprême, l'antiphrase pure et dure. L'idée d'exciter mon cousin m'enhardit à me lancer dans une diatribe jouée contre les pédés, sur ce ton ironique farci d'antanaclases (3) dont les accents ne pouvaient manquer d'être interprétés en sens inverse du discours. Le soir, mes parents se couchèrent tôt. Je proposai à Christophe un jeu. J'avais observé que toutes les fois qu'on prononçait le mot jeu à l'excellent garçon, ses prunelles s'allumaient, son visage s'ornait d'un sourire béat et toute sa personne vibrait avec la même spontanéité qu'un bambin à qui fait entrevoir la hôte remplie de joujoux du père Noël. En vérité, Christophe était un enfant, tout comme moi. Je lui exposai ce que je comptais faire, avec son appui : - Mes parents sont tristes, mornes, bourrés de préjugés, des vrais jansénistes, tu sais ça... - J'ai eu le temps de l'apprécier, fit Christophe. - Avec eux, pas question de se balader la nuit, de s'offrir quelques petits plaisirs nocturnes extra-muros, c'est bien trop dangereux, on pourrait être piqué par des serpents ou enlevés par les acolytes de Raël... Là, Christophe crut s'étouffer de rire. - Donc, si tu veux, repris-je, on fait ceci : on chausse nos baskets,
et on va à l'aventure tout partout, c'est rigolo, il y a plein de trucs mystérieux la nuit. J'ajoutai, volontairement équivoque : - On peut par exemple aller sur le toit du pavillon... - Quel pavillon ? - Tu sais, l'espèce de petit kiosque derrière les orangers. - Ah oui...mais c'est loin... - Cinq cents mètres, c'est rien, et ça nous distraira. - Et c'est bien ? Je veux dire, confortable ? - C'est plat, semé de petits cailloux. On emporte une couverture, des clopes, et aussi ça... En prononçant ce mot, ça, j'ouvre discrètement ouvert l'armoire à linge, je plonge le bras en direction du coin le plus obscur, je tâte et je sors une bouteille de whisky. Christophe écarquille deux gros yeux effarés : - Eh bé, Bill, me dit-il, t'as de la suite dans les idées... - Tu comprends bien qu'on peut pas picoler ici, on sait jamais, avec l'odeur du tabac, celle de l'alcool par-dessus, ça ferait un mélange qui ne passerait pas inaperçu. Aussi, sur le toit du kiosque, ni vus ni connus. - Et si on s'endort ? - J'ai ma montre, je la programmerai pour nous réveiller. J'avais compté sur un assentiment ; ce fut une bordée d'enthousiasme. Le bon Christophe ne se tenait plus de joie de commencer ces vacances par une galéjade de collégiens. En moins de dix minutes, voici comment se dévida le fil de notre intrigue : après avoir enfilé nos survêtements, nous serrons la bouteille et deux verres dans un petit sac, le tout bien enrobé de linge pour éviter les cliquetis ; puis nous enroulons une couverture que nous sanglons à l'aide d'une ceinture et, pieds nus, nos chaussures à la main, tâchant de voiturer sans bruit les différentes pièces de notre bagage, nous descendons au rez-de-chaussée, nous filons par une porte de service, soigneusement refermée derrière nous, et nous voilà au frais de la nuit, riant d'avance d'une escapade qui nous excitait tant qu'à un moment, nous partîmes d'un fou-rire qui aurait pu nous trahir sans retour. Le toit du kiosque n'était pas d'un accès très difficile ; ce fut sans trop de peine que nous nous y hissâmes. La couverture une fois déroulée, nous mettons en place notre intendance de beuverie et tandis que Christophe remplit les verres, je roule deux gros pétards à délirer jusqu'au matin. Car vous saurez qu'ayant instruit Christophe de la présence dans mes poches d'un bon morceau de taf, il m'avait adressé un clin d'oeil qui en disait long sur sa sympathie de longue date avec la chose. Première amorce d'une collusion que j'espérais encore plus complète. Essayez donc de vous peindre la scène : nuit complète mais claire, pas un nuage, la lune scintillant dans son troisième quartier, ce qui faisait qu'on y voyait plutôt bien, et nous deux,
adossés au parapet du toit, côte à côte, un verre dans une main, le tarpé dans l'autre ! Si ma mère nous avait vus, c'était fini, soit elle divorçait et entrait au couvent, soit elle s'ouvrait les veines en priant toutes les Madones de la Sainte Congrégation des Vierges Immaculées pour négocier le rachat de mon âme perdue de vices et de luxure. Jamais je n'aurais auguré d'une soirée pareille ! Deux jours plus tôt, j'enrageais de ces maudites vacances, aujourd'hui il aurait fallu m'assassiner pour m'y soustraire. Christophe, émoustillé comme un écolier, tirait avidement sur son pétard et buvait sec. Comme je n'avais de cesse de l'imiter, nous eûmes bientôt assez chaud. Avoir chaud, c'est le pied à l'étrier pour un nouveau degré sur l'échelle de la désinvolture : aussi ce fut le plus candidement du monde que nous dépouillâmes nos torses du superflu qui les encombraient. Quel moment que celui-ci où poitrines au vent du soir, flanc à flanc, nos bras s'effleurant jusqu'à se toucher, nous fumions et nous buvions dans la pénombre en savourant à l'envi le plaisir secret de scruter l'autre et d'appuyer vers lui des regards que n'aurait pas autorisés la circonspection du grand jour. Cet avantage abandonné à la fantaisie de nos oeillades se doublait,
douceur exquise, de l'entière liberté de promouvoir une ardeur peu inquiétée d'être aperçue en flagrant délit d'émancipation ; car nos shorts, trop amples pour trahir leur secret, appropriaient encore la nuit aux éclosions clandestines d'un désir qui m'avait entièrement envahi, avec les agréments les plus délectables. Cependant, de là à distinguer sur la devanture de Christophe une témérité analogue, il y avait bien loin. Alors que nous en étions au prémices de cette adoration muette, il me sembla que quelque chose avait remué dans les taillis. Les taillis tenaient une grande étendue autour du kiosque : buissons,
halliers, arbrisseaux nains, le tout sur un tapis de mousse fort propice aux marches sourdes et aux reptations silencieuses. Christophe, alerté par mon dressement de daim, me regarda et souffla : - Qu'est-ce qu'il y a ? Un doigt sur la bouche, accompagné d'un geste éloquent recommandant discrétion, le renseignèrent plus qu'aucun discours. Je finis par lui glisser à l'oreille : - Il y a quelqu'un en bas... - Tes parents ? murmura Christophe. - Non, ils dorment, tu penses ! Quelqu'un qui s'est introduit dans la propriété. - Des voleurs... - Peut-être... Il faut aller voir. Tandis que ce court dialogue s'échangeait, Christophe avait dû,
comme moi, modifier sa posture. Ce qui s'était trouvé dans l'ombre parut soudain sous les reflets de la lune. Un éclair de volupté me traversa de part en part. Sur le short de Christophe, une longue barre, relevée, vigoureuse,
terrible à voir, formait une espèce de rigidité qui, suprême et involontaire subterfuge, empruntait ses plis des froissures mêmes du short avec lesquelles ils se confondaient. Rien de plus enivrant : un éblouissement entra dans ma chair. Sans trop savoir ce que je faisais,
et sous couvert de rattraper en me levant un équilibre volontairement rompu, je posai ma main sur la cuisse de Christophe. Il me sembla qu'elle frissonnait. On imagine si l'intrusion des visiteurs ne me faisait pas enrager,
après avoir mis au jour les dispositions de mon cousin. Seulement, il y a les rêves, et il y a la réalité. Celle-ci nous rappelait au devoir de prévention contre une survenue dont il était indispensable de démêler les mobiles. Nous descendîmes à pas de loups. Avant cela,
nous avions réussi à déterminer approximativement l'endroit où se situait le dérangement. L'espace d'un bref instant, nos yeux avaient discerné deux ombres. Cela nous engagea à faire diligence, avec toute la discrétion requise. Christophe était un garçon courageux. Les périls ne l'effrayaient pas. Au surplus, il était véloce et insinuant comme une anguille. De mon côté, je lui rendais des points. Cette collusion de vertus favorables au débrouillage d'une intrigue servit au mieux nos intentions. Notre boussole intérieure accordée à notre flair finit par nous mener tout auprès d'un buisson où il se faisait un bruissement discret mais impossible à ne pas entendre. La lune, je le rappelle, était dans ses trois quarts, ce qui, à condition de demeurer sous le boisseau d'un pan d'ombre, permettait de tout voir sans être vu. C'est à cette stratégie de haut vol que nous dûmes de passer totalement inaperçus. La présence d'une petite excavation donnant sur l'intérieur du buisson nous plaçait en posture d'élucider avec le plus grand profit la particularité d'une intrusion dont nous commencions tout de même à entrevoir certains aspects. Je dis cela, car il devenait de plus en plus patent que nous n'étions pas en présence de voleurs ou de vagabonds. Ceux qui avaient nuitamment investi la propriété se montraient silencieux, mais de ce silence particulier qui concerte un dessein sinon paisible, du moins parfaitement inoffensif. Tout à coup, exactement dans notre ligne de mire, et à moins de dix mètres, nous vîmes un spectacle à couper le souffle. Deux personnages, un garçon et une fille, se tenaient face à face, nus et mains jointes. Le garçon embrassait la fille et son sexe, long,
courbé, admirable, pointait contre un ventre qu'on devinait bouillant. Leurs baisers, de plus en plus haletants, entrecoupés de soupirs caverneux, témoignaient cette passion dévorante qui ne peut guère surseoir à de plus amples étreintes. Ces prémices, de plus en plus frénétiques, durèrent jusqu'au moment où le garçon souleva la fille par les fesses, l'obligea à s'accrocher à lui, jambes autour des reins, et entra doucement en elle avec une sorte de sanglot caverneux. Nous vîmes comme en plein jour, les yeux rivés sur ce spectacle extraordinaire, la lente enfilade du long sexe et sa disparition au creux du sillon, tandis que le garçon feulait comme un tigre et que la fille poussait des gémissements aigus. Nous ne disions rien, mais nos tempes étaient le siège d'un martèlement de forge et nos corps le creuset d'un séisme dévastateur. Cependant, le garçon avait déposé sa compagne sur l'herbe et ses fesses rhythmaient le mouvement des pulsions de félicité. Mon pénis était si tendu, si humide que je dus glisser une main adroite sur mon short pour en rectifier la posture. Christophe le devina-t-il ? Quel démon visita ce garçon que la veille encore je n'aurais jamais soupçonné de la moindre complaisance avec la nation arcadienne ? Toujours est-il que prévoyant un effet forcément intéressant sur les visées que je lui avais surprises, j'étais loin tout de même de m'attendre à l'aplomb avec lequel il céda aux pulsions qui l'enflammaient. Si les petites causes produisent de grands effets, ce n'est pas une contre-vérité d'affirmer que les petits hasards engendrent les grandes aventures. Car, tandis que le couple parvenait sous nos yeux à la péroraison de leur nocturne passion, il advint que notre position accroupie ayant un peu ankylosé nos mollets, nous cherchâmes à lui en substituer une plus commode. Dans cette manoeuvre, conduite avec toute la discrétion requise, Christophe perdit l'équilibre de mon côté. Comme de raison, sa main se rattrapa à mon épaule. L'aubaine était trop belle pour ne pas mettre à profit un incident bienvenu, sous couvert d'assistance mutuelle. J'eus donc le meilleur réflexe qu'on pût avoir dans la circonstance, je l'entourai à la taille. Là encore, mouvement qui pouvait passer pour purement fortuit. Ce qui eut lieu alors devait rester dans la mémoire de mes sens comme un de ces instants où l'intensité des sensations en décuple les éblouissements jusqu'au vertige. Devant nous, les halètements du garçon se faisaient de plus en plus marqués et prenaient diapason à ceux de la fille. Les halètements culminèrent bientôt en une espèce de plainte dont la dernière note,
hachée, coïncida avec la suspension de la battue des fesses. Quelques secondes, et un nouveau long soupir de lamentation troua le silence de la forêt. Moi, les yeux grand ouverts, je laissais s'écouler avec une volupté irrépressible le chaud liquide que l'émoi tirait de ma sensibilité à vif. J'y était d'autant plus incité que Christophe, loin de protester contre mon bras autour de taille, semblait acquis à la cause d'un rapprochement si nécessaire. Ce fut alors que quelque chose s'introduisit sous l'échancrure que mon short ouvrait de part et d'autre du haut des cuisses. Ce quelque chose, c'était la main de Christophe. Ivre de désir, j'écartai mes jambes, de façon à desserrer le hiatus et à donner quelque lâcheté au slip. Subitement, je poussai un petit geignement : les doigts, encouragés par mon initiative, avaient remonté tout du long de ma verge si suintante que ce simple contact en décida le complet dégorgement. Ce fut un plaisir sans épithète approprié à la force avec laquelle mon sperme inonda tout, slip, short, main de Christophe, jusqu'à sa cuisse où s'égouttèrent quelques embruns. On eût dit qu'il ne cesserait jamais. Pendant que le torrent déversait son écume, j'avais machinalement rendu grive pour merle à l'adorable et fébrile garçon à qui je devais la plus violente volupté de ma vie. Le souvenir de son sperme sur les draps, les infinies convulsions de son pénis entre mes doigts, le film sirupeux dont il était enrobé, l'odeur âcre que j'en recevais par l'ouverture du short, tout concourrait à promouvoir en sacerdoce les douces effusions de nos accordailles nocturnes. Soudain, je le repoussai doucement en murmurant : attends... Imaginez un garçon d'une beauté romaine à se damner, qui défère à mon ordre et se laisse retomber en arrière dans un mouvement intraduisible d'abandon et d'extase ; imaginez la découverte de deux cuisses puissantes toutes parfumées des senteurs d'Eros ; imaginez le pénis du monde à la fois le plus viril et le plus juvénile, mélange de force et de délicatesse ; je venais de rouler hors de moi un torrent de tempête, l'odeur de Christophe ranima tous mes sens. Avec quelle délectation je me penchai sur le long fuseau brûlant ! Christophe releva la tête une seconde, puis s'affaissa, livré aux torrides initiatives de ma passion. Je n'avais jamais goûté d'autre sperme que le mien. Celui de Christophe me parut l'ambroisie des ambroisies. Quand la houle faisait se gonfler la gaine, je suspendais le mouvement et mes lèvres accueillaient le premier crachin d'un pistil dont le goût poivré me mettait au supplice. Puis je reprenais mes glissements sur la tige de mon admirable cousin et j'usais de mes savantes digressions pour avancer avec art et lenteur sur le chemin de cette joie de vivre que produit l'embrasement de deux chairs exacerbées de béatitude et unies dans un commun idéal de liberté. Je parvins à prévenir la seconde où le jet se propulsa. Le chaud liquide, recruté d'une infinité de filaments, aspergea mon palais avec une fureur qu'augmentait encore le halètement de Christophe. Ce fut en cette heure divine que je compris que l'amour des garçons, chez moi,
n'était plus seulement un goût, mais un apostolat. Nous ne sous étions même pas aperçu que le couple avait troussé bagage. Christophe, haletant, n'eut pas un mouvement de contestation envers les divines longueurs dont j'accablais ses sens endoloris. Un peu de son sperme faisait sur le flanc de sa verge une longue larme de gratitude. Avec un soin délicat, je recueillis ce précieux trophée d'un triomphe sur un garçon qui, pour convoler en noces supposées avec une fille,
venait de se prouver à lui-même le caractère universel de la dualité en ce monde. Le moment vint de nous rhabiller. Jusqu'à la maison, nous n'eûmes pas une parole. Nous entrâmes dans la chambre et nous nous couchâmes, sans avoir allumé. L'embarras d'assumer un acte tout de même cuisant pour la superbe,
réclamait l'urgence d'un remède qui en arrondît au moins les aspérités les plus douloureuses. Ce fut à quoi je me disposai ; dans un murmure,
je soufflai : - Christophe ? - Oui, répondit le garçon sur le même ton. - Tu dors ? - Non. - T'as pas envie de dormir ? - Non. Un moment de silence, puis : - Et toi ? fit Christophe. - Moi non plus. Je repris, aussitôt : - Au fait, tu dors à poil ? - Oui. - Entièrement ? - Oui. - Moi aussi... J'entendais la respiration haute de mon compagnon. Que notre plaisir n'eût pas plus d'une demi-heure d'ancienneté n'avait rien ôté à une démangeaison qui renaissait de cendres trop chaudes pour ne pas produire un nouveau brasier. Fou de désir, je m'armai de courage et : - Tu sais pas ? fis-je. - Quoi ? - J'ai envie de me branler... - Moi aussi... - Avec toi. - Moi aussi... Brusquement, je sors de mon lit, je découvre les draps de Christophe, je m'allonge sur lui, je l'étreins avec délice, mes lèvres se collent à ses lèvres, je remonte ses jambes, il n'y objecte rien, il fait mieux, il laisse ses cuisses céder à la pulsion qui les entr'ouvrent, je n'ai que le temps de lui dire : tu veux bien ? Pour toute réponse, j'obtiens le libre passage entre ses colonnes d'Hercule,
encouragé encore par sa main dirigeant elle-même la fièvre de mes dix-sept ans. Je ne saurais dire si j'eus plus de joie à féconder les entrailles de mon camarade ou si, intervertissant les rôles, la volupté de provoquer la sienne ne surpassa pas celle que j'avais éprouvée. Toujours est-il que le double éclair qui illustra notre nuit d'amour n'eut d'égal que celui qui, au petit matin, décora notre réveil. Le drap était rejeté, ses fesses m'apparurent, la corolle encore humide de la veille me rendit fou, je pris position, Christophe s'éveilla pour sentir un long glissement s'insinuer en lui, pendant qu'une haleine chaude couvrait sa nuque d'une myriade de baisers. Pour son tour, il proposa la variante debout. Ce fut ainsi que les mains contre le mur, je subis le doux assaut d'un garçon dont les odeurs mâles puisaient leur surcroît de musc dans l'excès de nos récentes libéralités, tandis que s'affirmait, par un jet d'une prodigieuse énergie, le triomphe de l'adolescence sur les entraves d'un monde carcéral. Je me souviens de ce qu'il demeura longtemps en moi après le dernier spasme rendu, que nous nous recouchâmes, que ses bras ceinturèrent ma poitrine, que sa joue se posa sur ma joue, que ses baisers avaient un goût de sucre, que ses cheveux sentaient l'humus des sous-bois, que mon coeur s'extasiait à en mourir et que le sien devait ressentir les mêmes atteintes, car il me sembla qu'un liquide chaud et humide coulait sur mon visage. Je me rappelle aussi ces mots, prononcés dans un murmure presque inaudible : je t'aime. Nous avions joui de notre chair. Ce je t'aime surpassa toutes les jouissances. Ce fut le couronnement de ce qui ne devait être qu'une partie de plaisir entre garçons et qui était le début d'un amour infini. Aujourd'hui, je vis avec Christophe. La fille avec qui il avait noué liaison par pure convenance, fut mise dans le secret et, passée la petite humeur de dépit, ne tarit pas d'éloges sur notre amitié. Nous avons dix-neuf ans. Nos parents sont positivement scandalisés et ma mère en a fait une maladie qu'elle soigne comme elle peut, à coup d'extraits des actes des apôtres, du Lévitique et des épîtres aux Corinthiens. Quant à nous, nous nous aimons comme les étoiles dans le ciel aiment les soleils dont elles reçoivent la chaleur. Rien n'est plus doux que nous promener, les soirs d'été, le long de la plage déserte de Mimizan ou du Pyla, en regardant se coucher à l'horizon le globe qui a l'air d'un gros oeil rouge posé sur une ouate. Rien n'est plus enivrant qu'une longue étreinte arrachée au silence clair et léger de cette fausse pénombre qu'est une nuit de juillet. Rien ne fait plus aimer la vie que nos maillots glissant sur nos jambes, que nos ardeurs se donnant carrière et se disposant à entrer en lice dans cette joute inexprimable qu'est l'amour. Ah, j'oubliais... Nous avons rompu avec nos familles. Croiriez-vous qu'elles eussent mis au net un plan de bataille qui visait à nous séparer après nous avoir couvert d'opprobre ? La honte attachée à l'abjection d'une progéniture mâle sans descendance possible pour cause d'infamie, la flétrissure qui croît par dépit, dans les petites bourgades bourgeoises, sur tout ce qui dérange le confort moral de cet amas de toiles d'araignées et de poussière qu'on appelle les bonnes moeurs, ont induit un moment nos ascendants à fulminer clameur de haro contre nous, histoire de prouver qu'un accident de génération,
j'emploie leur terme, ne pouvait rejaillir sur leur honneur. Et puis, Dieu, qu'on y croie ou non, existe bien : la preuve, il nous est venu en aide. Quinze jours après notre majorité, nous avons joué au quinté, comme cela, par intuition. Résultat, près d'un million d'euros. Ce gain a achevé d'affûter les couteaux de la haine brandis contre nous. En vain. Personne ne sait où nous vivons. Personne, sauf François et Matthieu. Ils sont gais, comme nous, et comme nous, leurs parents les ont rejetés. Nous les avons accueillis. Ils sont chez nous comme chez eux. Ils s'aiment et rien n'est touchant comme de voir, dans les après-midi pluvieuses, leurs deux corps frais et vibrant préluder en tailleur aux joies infinis d'un long chapitre de félicité. Du reste, nous ne nous cachons pas les uns aux autres et le spectacle du bonheur d'autrui sert à rendre plus précieux celui qui nous est dévolu en partage. Quant à l'avenir, nous le regardons avec ces yeux de gratitude qu'inspire un sort que nous voudrions commun à tous les garçons qui,
sur cette terre, ont à subir le froid mépris des gens de bien, la dureté fangeuse des faiseurs de remontrances et l'ineptie plate et vide des âmes visqueuse pour qui vendre des missiles à un tyran est plus louable dans l'ordre hiérarchique des valeurs, que de caresser son bien-aimé. C'est que la Bible n'interdit pas de vendre des missiles ; en revanche, il y est dit, au chapitre 18 verset 22 du Lévitique : tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C'est une abomination.

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